on n’avait plus peur, on a couru
Performance de Fanny Souade Sow et Nesrine Salem
8 février, 17h
Panorama, Friche la Belle de Mai
Entrée libre avec un ticket pour les expositions de la Friche la Belle de Mai, sans réservation préalable
Cette performance est co-produite avec le Festival Parallèle 2025, dans le cadre de l’exposition collective Comme un printemps, je serai nombreuse
« La premiere fois que j’ai présenté cette performance, c’était en 2018, je marchais durant des heures sur ce tapis de course. La performance s’appelait La marche est-elle un outil politique ? et je faisais des liens entre le nouveau parti d’Emmanuel Macron dénommé « En marche » et les manifestations pour la reforme des retraites ; c’était en 2018 et à l’époque ça me dérangeait pas de passer trois heures sur un tapis à performer pour 0 euros. Entre hier et aujourd’hui, pas de grand changement à l’exception du nom du parti de Macron, « Renaissance ». Avec Macron, son agence de com et le gouvernement, on a le cynisme en commun. »
Ainsi s’ouvre, avec le récit rétrospectif de Fanny Souade Sow, la performance on n’avait plus peur, on a couru (2025), co-conçue avec Nesrine Salem et co-produite par le centre d’art Triangle-Astérides et le Festival Parallèle pour l’exposition Comme un printemps, je serai nombreuse.
Cet avant-propos donne le cadre : une performance repensée, réécrite en duo, sept ans plus tard. Le temps écoulé et la forme conversationnelle avec Nesrine Salem ont nourri la réécriture de la pièce : s’il est toujours question de racisme dans l’espace public, d’affects et de politique, une question nouvelle s’y superpose. Celle de l’instrumentalisation des artistes racisé·es par les institutions artistiques — ce que l’on désigne volontiers par le terme de tokenisation, autrement dit. Quelques minutes après l’ouverture par Fanny Souade Sow, Nesrine Salem clame :
« Je,
devrais être payée en tant que performeuse à chaque fois que j’entre dans un
centre d’art.
Je, joue.
Je, performe.
Je, participe à la bien-pensance de ce milieu.
J’existe, donc iels sont :
dé-coloniaux, inter-sectionnel·les, anti-racistes.
Je, suis leur préfixe ambulant, même flamboyant. »
Outre la violence symbolique vécue par l’artiste, que l’on devine ou que l’on peut au moins essayer de s’imaginer, Nesrine Salem avance — jette, presque, au public — cette idée provocatrice que devrait être rémunérée sa simple présence physique dans un lieu culturel, indépendamment de toute programmation, et au-delà d’elle de celles et ceux que les institutions ont longtemps marginalisé·es. L’idée d’une réparation matérielle à une dette qui se joue et se rejoue perpétuellement entre les individus, dans la société française dans son ensemble et donc, inévitablement, dans ses institutions artistiques.
Ce continuum de violences raciales, de la rue à l’espace d’exposition, est le sujet d’on n’avait plus peur, on a couru — un titre emprunté à la poétesse Sonia Chiambretto, qui écrit sur la ségrégation socio-spaciale et le racisme systémique, et que Fanny Souade Sow et Nesrine Salem citent dans le corps de la performance.
Se jouant d’échos, entre les artistes qui se répètent et miment ainsi la similitude de certaines de leurs expériences personnelles, mais aussi de la voix même de Nesrine Salem redoublée par un enregistrement, la performance avance au gré des pas de Fanny Souade Sow sur une sculpture en forme de tapis de course sur lequel elle marche, lentement.
Victorine Grataloup