Au grand jour
Une double exposition personnelle d’Agata Ingarden
31 janvier - 26 avril 2026, vernissage public le vendredi 30 janvier de 17h à 22h
Panorama, Friche la Belle de Mai
Une exposition conçue et produite par Triangle-Astérides, co-produite par la coopérative La Friche la Belle de Mai et la Collection Lambert à Avignon
Avec le soutien de l’Adam Mickiewicz Institute et de la galerie Berthold Pott
En partenariat avec le Cirva
Invitée à concevoir une double exposition personnelle entre Marseille et Avignon, sa première présentation institutionnelle en France, l’artiste Agata Ingarden a imaginé les deux accrochages comme « deux états atmosphériques distincts, au travers desquels nous percevons une même réalité. »
Si l’exposition à la Collection Lambert à Avignon est mise sous le signe du clair de lune et de l’obscurité, les oeuvres rassemblées à Triangle-Astérides — toutes faites de verre et jouant avec l’idée de transparence, au sens propre comme figuré — invitent au contraire le regard à s’infiltrer partout, poussant la pulsion scopique à son paroxysme. Au grand jour, aux yeux de tous·tes.
In-corporate Elevator 1 – The Portal fait face à la porte d’entrée, comme une invitation à franchir un seuil d’un monde à un autre. Cette série des In-corporate Elevators est constituée de cinq sculptures agençant de larges pans de verre, vestiges d’un immeuble de bureaux de Kyiv, en Ukraine, déconstruit avant que la guerre ne débute. Agata Ingarden a conservé les signes d’usure et de dégradation de ce double vitrage industriel bleuté : fissures apparentes, brèches, éclaboussures boueuses d’eau de pluie.
L’artiste considère ces sculptures — de même que les cinq présentées à la Collection Lambert, quant à elles littéralement faites de pièces détachées d’ascenseurs — comme des « portails », donnant accès à l’énigmatique Dream House World ou monde de la maison des rêves. « Dream House n’est pas un récit avec un début ou une fin, mais une infrastructure fictionnelle. Il est seulement important de comprendre qu’il existe un système sous-jacent [à notre réalité]. Nous ne savons pas exactement ce qui s’y passe, mais on peut [l’]imaginer. » Cet univers de fiction, principe organisateur des productions d’Agata Ingarden, prend consistance avec les éléments présents dans et sur les vitrines, comme laissés derrière elles·eux par les habitant·es de la Dream House : moulages de bronze couverts de cire rouge, évoquant des segments de corps ou un exosquelette ; chaussures et vêtements sur lesquels l’artiste est intervenue.
Ceux-ci se retrouvent dans les trois vidéos qui donnent à voir la Dream House et celles·ceux qui la peuplent, filmé·es par des plans évoquant tantôt les caméras en position de surplomb, la surveillance non-consentie ; tantôt les caméras d’action 360° — dites GoPro — et la mise en scène de soi sur les réseaux sociaux. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes ici en position de voyeur·euses. Il se dégage de leur micro-société une atmosphère de solitude, d’isolement ou au contraire de dissolution mélancolique dans le collectif.
Une analogie peut être faite entre l’image d’un système autonome sous-jacent au nôtre, tel le Dream House World, et le réseau souterrain, invisible, qui soutient notre environnement numérique et le flux constant d’images et de vidéos. Il n’est pas anodin, dans le travail d’Agata Ingarden, que la fibre optique soit elle aussi faite de verre. « Nous vivons à l’âge de verre », écrivait l’artiste dans ses notes préparatoires à l’exposition. « Il façonne les villes, les vies, les régimes de visibilité. »
En ligne devant la baie vitrée, la série inédite des Hermits connecte les deux expositions puisque quatre semblables se trouvent à la Collection Lambert. Ces sculptures de verre soufflé, métal et brique suggèrent les bernard-l’hermites qui logent dans les coquilles vides ; mais aussi la claustration des vies érémitiques. Pourtant, malgré cette double évocation du repli vers l’intériorité, les Hermits d’Agata Ingarden semblent des refuges vides et leurs fenêtres, dont les irisations figurent de perpétuels couchers de soleil, se dilatent dangereusement vers l’extérieur, comme menaçant d’explosion.